En cette période de confinement, les sorties botaniques étant annulées, j’ai souhaité vous faire partager mes observations sur les fleurs du jardin : celles que vous avez plantées et celles qui poussent naturellement, en nous offrant des petits coins de nature à notre porte!
Une richesse pour les insectes, les oiseaux et autres animaux, en un mot : pour la biodiversité !  Agnès.

 

11 mai 2020 : jour du déconfinement…
… et premier jour des saints de glace!
Qui sont-ils ces saints de glace, dont on parle toujours, mais dont on ne se rappelle jamais le nom ?
 
St Mamert, St Pancrace et St Servais : on ne les trouve plus sur le calendrier, mais ils sont fêtés chaque année les 11, 12 et 13 mai.
St Mamert institua, à partir de l’an 470, la fête des Rogations pour mettre fin aux calamités de la nature (nos catastrophes naturelles). Des processions, prières et jeûnes eurent lieu pendant 3 jours pour protéger les cultures, mais aussi pour préparer la fête de l’Ascension. St Pancrace, martyr en 304 et St Servais, évêque belge du IVème siècle, fêtés le 12 et le 13 mai y furent associés. Les prières étant peu efficaces, ces 3 jours finirent par annoncer le froid! St Boniface, fêté le 14 mai est à l’origine d’un dicton « Le bon Boniface entre en brisant la glace ». D’autres saints, associés à d’autres dictons, pouvaient prolonger ou annuler la venue des gelées!
Jardins, à votre tour de rester confinés!
Une petite dernière, pour ce jour de déconfinement : l’Arum tacheté ou « l’art de confiner »…
Un « vrai poison » cet Arum maculatum de la famille des aracées!
  • Du poison, car toute la plante est toxique.
    Attention à ses baies rouges en été, dans les bois et le long des sentiers, qui sont bien attirantes pour les enfants et à leur portée.
  • Un « poison » pour de petites mouches du genre Psychoda.
Elles se laissent abuser par les odeurs nauséabondes qui s’en dégagent et se font piéger!
Son inflorescence est enveloppée dans une membrane ou spathe qui ne laisse dépasser qu’une petite massue violacée : le spadice.

Arum tacheté

Arum tacheté

Toutes ses fleurs sont cachées à la base de la spathe dans une chambre florale protégée par une grille de poils! des fleurs mâles au dessus et des fleurs femelles en dessous.
Les psychodas attirés par l’odeur alléchante du spadice, glissent sur la paroi humide de la membrane et tombent dans la chambre florale. S’ils portent du pollen d’un autre arum, celui-ci ira féconder les fleurs femelles, mûres avant les fleurs mâles. L’attente commence, les psychodas s’agitent en tous sens! Les 2ème et 3ème jour, les fleurs mâles arrivant à maturité, une poudre de pollen vient se coller sur eux, La paroi de leur prison glisse toujours, mais le liquide est nourrissant. Le 4ème jour, la paroi se dessèche, la grille de poils s’affaisse, les psychodas sont libérés!
Mais à nouveau attirés par l’odeur d’un autre arum, ils se feront  manipuler une 2ème, une 3ème fois… (ils ne le savent pas, mais c’est une machination pour assurer le transport du pollen d’une fleur à l’autre!!).
Un autre arum, aussi perfide peut pousser dans le jardin : l’Arum d’Italie, reconnaissable à ses grandes feuilles veinées de blanc et à son spadice jaune. En forme de hallebarde, les feuilles sont dites « hastées », alors que celles de l’arum tacheté en forme de flèche sont sagittées et parfois tachetées de noir.

Arum d’Italie

Mais n’oublions pas l’Arum blanc ou Arum d’Ethiopie, qui forme dans les massifs, de grands bouquets au feuillage très décoratif, d’où émergent d’énormes cornets blancs (les spathes) s’enroulant autour d’ un spadice jaune! Les véritables fleurs non visibles sont aussi pollinisées par les insectes : elles sont très appréciées des cétoines dorées : ces coléoptères aux ailes vertes métallisées.
En écho à « Raiponce », laissons le dernier mot de la fin à la Reine des neiges : Libérée, délivrée…

Arum blanc

Mais prudence, à demi libérés!

10 mai 2020   Pulmonaire et consoude.

L’une est l’herbe aux poumons, l’autre est l’herbe qui consolide!
La famille des boraginacées, dont elles font partie, comme la bourrache et le myosotis, vient du latin « bura », la bure, une étoffe de laine rugueuse qui servait à confectionner la robe de bure des moines. Leurs tiges et leurs feuilles sont couvertes de poils rêches, l’une des caractéristiques de cette famille.
Une autre de leurs particularités, leur inflorescence (groupe de fleurs) à l’extrémité de leurs tiges, se présente sous forme de cymes scorpioïdes (en forme de queue de scorpion) se déroulant au fur et à mesure de leur floraison (bien visible chez la consoude).
Les fleurs de la pulmonaire et de la consoude sont des fleurs tubulaires, formées de 5 sépales et de 5 pétales soudés qui se terminent en clochettes. leur couleur (encore une singularité) change en fonction de leur maturité : du rose au bleu, suivant leur Ph : rose (acide), bleu (basique ou alcalin), en passant par des étapes intermédiaires.
La pulmonaire (Pulmonaria officinalis) est un exemple de la « théorie des signatures » qui remonte à l’antiquité. Ses feuilles souvent tachetées de blanc évoquent les alvéoles pulmonaires ou les taches observées sur des poumons malades (comme la tuberculose) : le signe que cette plante avait des vertus contre les infections pulmonaires.
Quelques centaines d’années plus tard, il s’est avéré que la pulmonaire était efficace contre la toux et les affections bronchiques. Un hasard??
Pulmonaire

Pulmonaire

La consoude officinale (Symphytum officinale) ou grande consoude facilite la cicatrisation des plaies et la consolidation des fractures. Le genre « Symphytum » peut se traduire par « cicatrisant en rapport avec une blessure ». Consoude vient du latin « consolida », plante longtemps utilisée pour les fractures. Elle soigne aussi les entorses et ecchymoses et soulage les douleurs articulaires et musculaires. Elle contient de l’allantoïne, utilisé en cosmétique : un anti-rides qui favorise la prolifération des cellules!
C’est une plante-engrais. Avec ses grandes feuilles allongées, épaisses et velues, qui lui ont valu le surnom « d’oreilles d’âne », elle forme des touffes vigoureuses qui enrichit le sol en sels minéraux et oligo-éléments. Riche en potasse, le purin de consoude favorise la production des fleurs et des fruits du jardin (potirons, courgettes, tomates…).
Avec son confrère, le purin d’ortie, riche en azote, ils « font un tabac ».
Consoude

Consoude

Pulmonaire et consoude : beaucoup de maux à panser!
Fin du confinement : pensez à bien vous protéger!

9 mai 2020    Pissenlit, chélidoine et salsifis.

  • Pissenlit : Dent de lion
  • Chélidoine : Herbe aux verrues
  • Salsifis : Barbe de bouc
Tous les trois ont un point commun : leur latex : un lait blanc pour le pissenlit et le salsifis, un lait jaune orange pour la chélidoine. Inoffensif, pour les deux 1ers, mais toxique pour la 3ème, d’où son utilisation pour éliminer les verrues.
Pissenlits et salsifis sont deux astéracées (ou composées). Leur fleur qui se dresse sur un pédoncule, n’est pas une fleur unique, mais un capitule de fleurs toutes ligulées (leur extrémité forme des languettes simulant les pétales d’une fleur normale…).
Pissenlit

Pissenlit

Toutes ces petites fleurs jaunes, individuelles, sont serrées les unes contre les autres sur un réceptacle floral : un habitat collectif!
Mais le pissenlit qui a opté pour ce mode de vie est aussi une espèce collective.
En botanique, les pissenlits forment un groupe, bien qu’on leur ait donné un nom d’espèce : Taraxacum officinale, puis ce nom a été attribué à plusieurs espèces de pissenlits du genre Taraxacum et finalement, on les a mis dans une section : la section des Ruderalia) (qui croît dans les décombres…).

Dents de lion

Dents de lion

Dent de lion, c’est aussi son nom, à cause des dents de lion recourbées de ses feuilles! Un fauve ou une innocente fleur jaune dans la prairie? Mais, visité par les premiers papillons butineurs de la saison : les citrons aux ailes jaunes, le choix est facile!

Barbe de bouc, pour le salsifis, à cause de sa petite barbichette qui dépasse de son capitule quand il est fermé. Celui-ci a ses heures d’ouverture : il s’ouvre le matin et se ferme dans l’après-midi : il lui faut du soleil!
Ses feuilles longues et fines finissent en pointe souvent tortillée.

Salsifis

Salsifis

Salsifis fruit

Salsifis fruit

Quand pissenlits et salsifis fructifient : ce sont des centaines de petits fruits secs, des akènes, terminés par une aigrette de poils, qui s’envoleront au moindre souffle de vent ou d’un enfant!
Cette boule de poils est plus grosse chez le salsifis.
Tout se mange dans les salsifis, même la racine (comme les pissenlits), mais il faut privilégier les jeunes feuilles et les boutons floraux.
Il était déjà représenté sur les fresques de Pompeï. L’histoire dit que ce sont les italiens qui ont commencé la culture des salsifis vers le XVIème siècle.
Le « pisse-en-lit » pour ses propriétés diurétiques, mais le « cramaillot » pour les francs-comtois et la « cramaillotte » : le délicieux « miel » de pissenlit.
La grande chélidoine (Chelidonium majus), unique en son genre, signifie « grande hirondelle » en latin. Sa floraison concorde avec l’arrivée des hirondelles au printempset sa fanaison avec leur départ en automne.
La grande éclaire, un autre nom : ses fleurs jaune vif « éclairent » la venue du printemps, ou une autre version : les propriétés qu’on lui attribuait autrefois pour soigner les affections des yeux, voire même dans l’antiquité, rendre la vue aux aveugles! Mais ne vous y fiez pas, cette plante toxique de la famille des papavéracées (celle des pavots et des coquelicots) était associée à la magie noire…
Elle aime les décombres, les vieux murs, les zones à l’abandon. Elle est reconnaissable à ses feuilles molles fortement divisées, au bord crénelé, d’un vert glauque (bleuté) au revers.
Ses fruits sont d’étroites siliques dressées, qui, en s’ouvrant par la base, laissent échapper des petites graines noires. Elles sont guettées par les fourmis, attirées par leur excroissance charnue (l’élaïosome) : une friandise qui sera vite transportée pour être dégustée dans la fourmilière, mais parfois perdue dans les fissures d’un vieux mur…
Chélidoine

Chélidoine

La myrmécochorie, c’est le moyen de transport par les fourmis pour la chélidoine.
L’anémochorie, le transport par le vent (ou le souffle des enfants), pour les pissenlits ou les salsifis!

8 mai 2020

8 mai 1945 : la France libérée!
75 ans plus tard, la France et le monde confinés par un virus implacable!

Sous les couleurs du drapeau français : le bleu, le blanc et le rouge

    • le bleu du bleuet : symbole de la mémoire et de la solidarité envers les anciens combattants, les victimes des guerres, les veuves et les orphelins (le bleuet et les coquelicots étaient les rares fleurs à pousser dans les champs dévastés par les obus pendant la 1ère guerre mondiale),
    • le blanc du seringat, au parfum intense et
    • le rouge de la pivoine, seront les couleurs du 8 mai au jardin.
Le Bleuet vivace ou Centaurée des montagnes (Centaurea montana) sera notre bleuet à souche vivace qui repousse chaque printemps au jardin et qui devient envahissant.
Ses parties aériennes pubescentes, à poils fins et entrecroisés lui donnent un aspect velouté. Ses feuilles sont lancéolées, décurrentes et sessiles (sans pétiole). Ses fleurs sont réunies en capitules (c’est une astéracée). Chaque « fleur » est en réalité un groupe de fleurs tubulaires : des fleurons internes hermaphrodites bleus – roses et des fleurons externes bleus, stériles et rayonnants, qui sortent d’un involucre formé par une collerette d’écailles frangées de cils noirs.
Bleuet

Bleuet

Symbole de la timidité et de la délicatesse, un amour timide se déclare avec le bleuet!
Le Seringat (Philadelphus coronarius) : même son nom d’espèce nous rappelle l’actualité!
Autrefois, on évidait les tiges de leur moelle pour en faire des seringues…
Il pousse à l’état naturel dans les pays tempérés de l’hémisphère nord, de l’Est à l’Ouest. Il fait partie des hydrangéacées, comme l’Hortensia.
Ses fleurs solitaires ou groupées, aux 4 pétales blancs arrondis (parfois plus), en font l’arbre le plus parfumé du jardin. Aussi l’a-t’on appelé : le Jasmin des poètes.
Seringat

Seringat

La Pivoine de Chine (Paeonia lactiflora) : famille des paeoniacées.
Les chinois la cultivent depuis le VIIIème siècle. Pour eux, c’est la fleur des honneurs et de la richesse et le symbole de la beauté féminine et de l’amour.
Ses tiges, qui disparaissent l’hiver, repoussent au printemps et son large feuillage luisant se déploie.
Pivoine en bouton
Bientôt de gros boutons, qui enflent de jour, en jour vont s’ouvrir : les nombreux pétales des fleurs apparaissent, sans rien laisser voir de l’intérieur.
La pivoine prospère et fleurit de plus en plus au fil des années : un investissement pour les nouvelles générations!

Nos pivoines proviennent de cultivars chinois introduits en Angleterre au début du XIXème siècle et fut aussi introduite en France sous le 1er empire. L’empereur de Chine en offrit une collection à l’impératrice Joséphine.

Pivoine

Pivoine

Bleuet, Seringat et Pivoine, les 3 couleurs de ce 8 mai 2020 au jardin!

 

 

7 mai 2020 : L’ Iris

La fleur de lys, emblème de la royauté, n’est pas celle du Lys, c’est la fleur d’Iris !

En 507, Clovis la choisit comme symbole, suite à sa victoire de la bataille de Vouillé contre les Wisigoths, dans les marais de la Vienne. Elle le sera aussi pour tous les rois de France. A partir de Louis VII Le Jeune, on l’appela « fleur de Louys », qui devint « fleur de Lys ».

L’Iris faux-acore ou Iris jaune : l’Iris des marais, se plait au bord des étangs, des ruisseaux et au bord de la mare ! Encore appelé « Flambe-eau », il aime le soleil et la lumière et dresse ses fleurs jaunes lumineuses au centre de ses feuilles en forme de glaive.

Sa famille est facile à trouver :  les iridacées, mais ses fleurs sont compliquées ! La fleur a 6 tépales : 3 tépales externes retombants et 3 pétales internes étroits, dressés et beaucoup plus petits. 3 grands stigmates pétaloïdes (l’extrémité du pistil) et 3 étamines cachées complètent le tableau de cette fleur éphémère, vite remplacée par d’autres en attente sur la tige.

Ses fruits sont des capsules à 3 compartiments : elles flotteront au fil de l’eau pour aller implanter ses graines vers d’autres horizons.

 Plus près, son rhizome épais se chargera aussi de le multiplier. Capable de purifier l’eau par des micro-organismes qui y sont fixés, on l’utilise pour les systèmes de lagunage.

Iris jaune

Iris jaune

Le genre « Iris » comprend 210 espèces et de nombreuses variétés horticoles.

Iris, la messagère des dieux, qui, en descendant de l’Olympe vers la terre, traçait de son pied un arc-en-ciel…

L’Iris, en grec, porte bien son nom d’arc-en-ciel : des fleurs aux coloris si divers, qu’on ne peut se lasser de les admirer, comme le tableau de Van Gogh, « les Iris », sur fond de Provence…

Iris bleu

Iris bleu

Iris

Iris

6 mai 2020

L’arbre de Judée et la glycine.
 De ma fenêtre, j’ai pu admirer, ces jours derniers, la flamboyante floraison de l’arbre de Judée, dans le jardin de mes voisins.
Connu aussi sous le nom de Gainier, l’arbre de Judée nous vient du sud de l’Europe et de l’ouest de l’Asie. Mais, c’est à la Judée, terre sacrée, qu’il doit toute sa symbolique. La légende veut, qu’après avoir trahi Jésus, Judas se serait pendu à l’une de ses branches. Ses fleurs seraient les larmes du Christ et la couleur pourpre, la couleur de la honte pour Judas.
Étonnant cet arbre de Judée, certainement rapporté par les croisés ou les pèlerins, ses fleurs sont directement attachées en petits bouquets, sur les branches et le tronc : un phénomène appelé « cauliflorie ».
La corolle de ses fleurs est rose pourpre vif. On la dit « papilionacée », du nom de son ancienne famille : les papilionacées, désormais, les fabacées.
Chaque fleur est composée de 5 pétales inégaux. Le pétale supérieur est l’étendard, dessous, 2 autres : les ailes, puis la carène formée de 2 pétales accolés, ressemblant à la carène d’un bateau!
Ses feuilles rondes, en forme de cœur à la base, apparaissent après la floraison. Ses fruits, des gousses aplaties sont caractéristiques des légumineuses (encore un autre nom de famille!).
Son nom scientifique : Cercis siliquastrum, vient du grec kerkis qui signifie « navette de tisserand » rappelant la forme de la gousse. Ses graines sont très appréciées des mésanges bleues et charbonnières.
Il est souvent parasité par le psylle, un insecte piqueur-suceur, présent sur l’arbre au printemps, mais qui migre en juin! Ses prédateurs : des punaises, commencent par dévorer les psylles de l’arbre de Judée avant de migrer dans les vergers, pour consommer les psylles du pommier et du poirier, même s’ils sont d’espèces différentes.
Un arbre de Judée chez le voisin : un bienfait pour le pommier de votre jardin!
Glycine

Glycine

De l’autre côté, une autre fenêtre et c’est une glycine qui offre une floraison aussi spectaculaire. De longues grappes de fleurs bleues pendent de ses rameaux et s’épanouissent par étapes. C’est aussi une fabacée avec les corolles de ses fleurs en forme de papillons.
Ses fruits, des gousses veloutées, ressemblent aux haricots, mais ne les mangez pas : ils sont toxiques.

C’est une grimpeuse vigoureuse, reine de l’escalade, qu’elle peut pratiquer aussi à l’horizontale : une faculté utilisée pour orner les pergolas, tonnelles… où elle fera le plus bel effet.

Si c’est une glycine du Japon (Wisteria floribunda), elle s’enroulera sur son support dans le sens des aiguilles d’une montre, si c’est une glycine de Chine (Wisteria sinensis), dans le sens inverse.
Glycine

Glycine

Glycine de Chine ou glycine du Japon dans votre jardin?
NB : Une autre légende est liée à l’arbre où se serait pendu Judas. Cet arbre serait le sureau, où poussent les « Oreilles de Judas », un champignon gélatineux qui ressemble à des oreilles, mais Chut….
5 mai 2020

Comment faire entrer le soleil dans la maison ou l’appartement confiné, en cette journée grise et pluvieuse!
Ce sera donc à nos plantes méditerranéennes, acclimatées à nos jardins de l’Est de nous envoyer quelques rayons et ce petit accent chantant.

Le thym, la sarriette et le romarin, aux parfums de la garrigue!

Elles ont toutes en commun d’aimer le soleil et de faire partie de la même famille : les lamiacées (la corolle de leurs petites fleurs étant formée de 2 lèvres).

La sarriette ou poivre d’âne, à cause de sa saveur légèrement poivrée est du genre Satureja.
Considérée jadis comme plante aphrodisiaque, ce nom est lié à Satyre, le dieu Pan aux cornes et aux pieds de bouc, dont le loisir préféré était de poursuivre les nymphes… On l’appelle aussi l’herbe à satyre.
Ses fleurs roses, violacées, sont groupées en petites grappes à l’aisselle de ses feuilles. Selon les espèces, elle est vivace ou annuelle.
Plante aromatique, aux qualités condimentaires et propriétés médicinales, elle a sa place au jardin avec le thym et le romarin.

Sariette

Sariette

Le thym, du genre Thymus, est un sous-arbrisseau vivace, d’aspect grisâtre, aux fleurs blanches ou rose pâle. Ses tiges ligneuses forment un petit buisson.
Le thym est un antiseptique reconnu : une tisane au thym et au miel de romarin, rien de tel pour aider à passer l’hiver!

Thym

Thym

Le romarin est un arbrisseau aux feuilles persistantes, vertes sur le dessus, blanchâtres dessous et aux fleurs bleu pâle : la lèvre inférieure fait penser au labelle des orchidées, mais en miniature.
Salvia rosmarinus, son nom latin, (Salvia est aussi le nom de la sauge), est appelé « encensier » en provençal. Son odeur évoque l’encens. Son utilisation en parfumerie est très ancienne. Il entre dans la composition des parfums surtout masculins et eau de cologne.
Le romarin est une plante mellifère : il a fait la réputation du miel de Narbonne, connu depuis l’antiquité.

Romarin

Romarin

Il manque à ce « trio » le serpolet (Thymus serpyllum), le thym de notre contrée. Bientôt, nous pourrons aller le cueillir dans nos prés secs qu’il affectionne. La concurrence avec ses cousines du Sud est rude pour cette petite plante au parfum de nos prairies, mais avec une petite note méditerranéenne!

Serpolet

Serpolet

NB : labelle = pétale différent des autres chez les orchidées.

 

4 mai 2020

Primevère et primevère…
Un printemps sans primevère n’est pas un printemps, mais le temps presse pour leur rendre hommage, elles qui sont les premières à l’annoncer! (Du latin « primo vere » début du printemps ou « primus » premier).

Primevère élevée

Primevère des jardins

Coucou, coucou des bois, perlimpinpin, leurs petits noms favoris, mais :
Primulus veris : la primevère officinale que l’on trouve dans les prés pour faire de petits bouquets,
Primulus elatior : la primevère élevée qui vit dans les bois et
Primula x acaulis, la primevère des jardins aux nombreux coloris. Elle est issue de croisements entre Primula vulgaris, une autre primevère acaule (sans tiges) et Primula juliae (une primevère tapissante du Caucase). Un spectacle coloré dans le jardin dès le début du printemps!

Les deux premières ont une tige, partant d’une rosette de feuilles, surmontée d’une ombelle de fleurs jaunes tubulaires ou en entonnoir.

Celles de la primevère officinale sont enveloppées dans un calice cylindrique. les 5 pétales de chaque fleur sont jaunes d’or et leur base est marquée par une tache orange.
Celles de la primevère élevée sont jaunes pâle avec un centre jaune d’or, mais sans taches. Leur corolle est plus évasée. Leur calice est anguleux et son extrémité enserre le tube de la fleur comme un collier.
Mais les deux espèces ont découvert la même stratégie pour éviter une autofécondation.
Elles ont 2 types de fleurs :
– les unes peuvent avoir un pistil long dépassant les étamines
– les autres, un pistil plus court que les étamines, mais leur maturation sexuelle est décalée.
Leur objectif : assurer la pollinisation croisée par les insectes, ce qui est génétiquement bon pour leur descendance!
Ainsi va la vie…
Leurs fleurs parfumées et légèrement sucrées apaisent la toux. Autrefois, on les appelait « Coqueluchon ».
Sous Louis XV, on les utilisait contre la paralysie et le bégaiement. Au XIXème siècle, contre l’arthrite et les rhumatismes. Finalement, contre la toux pendant le XXème siècle.
Les temps changent…, mais pas les coucous du printemps!

3 mai 2020

L’alliaire et l’ail des ours.

Leur point commun : tous les deux sentent l’ail!
Quand on froisse leurs feuilles, il se dégage une odeur d’ail, plus prononcée pour l’ail des ours.
Les jeunes feuilles de l’alliaire (du latin allium : ail) peuvent se consommer crues, peu d’intérêt à la cuisson. Au choix : beurre à l’ail des ours (Allium ursinum) ou beurre à l’alliaire officinale (Alliaria petiolata)?

L’alliaire est une brassicacée ou crucifère, avec les 4 pétales de ses fleurs en croix! C’est une bisannuelle : seules ses feuilles apparaissent la 1ère année, puis la 2ème année, ses fleurs groupées en grappes terminales et ses longs fruits secs dressés (les siliques). Enfin, elle s’installe durablement dans un endroit ombragé. A sa base, ses feuilles sont en forme de rein, les feuilles supérieures en forme de coeur avec des dents arrondies.
Très appréciée par les piérides, les aurores et leurs chenilles, tous se régalent : pour les 1ers : leur nectar, les seconds : leurs feuilles!

Alliaire

Alliaire

L’ail des ours, lui, colonise de grandes étendues de sous-bois, de préférence sur terrain calcaire. Il se réveille de son hibernation en même temps que les ours, au début du printemps. Il parait que ceux-ci en sont friands …

Nos bois interdits cette année + le confinement : double peine, pas de cueillette. Adieu, pesto, beurre, soupe…

Les longues feuilles entières, lancéolées et portées par un pétiole, sont issues d’un petit bulbe allongé en fuseau. Les tiges florifères sont surmontées d’une spathe (membrane) qui enveloppe une vingtaine de fleurs, avant leur floraison.
D’innombrables ombelles de petites fleurs blanches étoilées vont alors apparaitre : une voie lactée d’un autre type, mais à odeur d’ail….

Chaque fleur fécondée donnera un fruit : une capsule à 3 loges contenant 6 graines noires en forme de petits boulets de canon. (Les insectes y sont pour quelque chose, riches en pollen et en nectar, les fleurs se sont faites polliniser!).
Les tiges fanées vont s’effondrer, les feuilles, jaunir et disparaitre, Il ne restera que les petits bulbes pour l’année suivante.

Des milliers de petits boulets de canon seront alors transportés par une armée de fourmis jusqu’à leur fourmilière…. Leurs larves adorent leur petite excroissance charnue, riche en lipides et protéines, le reste de la graine pourra germer!

L’ail des ours, aux vertus multiples, était déjà connu des Celtes et des Germains. Des restes on été aussi retrouvés dans les habitations du Néolithique (- 6000 ans avant J-C).

Rendez-vous au mois d’avril 2021!!!

NB : L’ail des ours est une amaryllidacée, mais elle est passée par la famille des liliacées et celle des alliacées…

ail des ours

 

1er mai 2020

Un brin de muguet virtuel pour ce 1er mai 2020…

Connaissez vous bien le muguet avec ses petites fleurs blanches bien innocentes?

Il n’est peut-être pas tout à fait « clean », selon l’expression favorite de nos ados, et sans reproche!

Plante des sous-bois, il ne faut pas confondre ses feuilles avec celles de l’ail des ours. Il donnerait à votre « pesto » un goût particulier, mais qui pourrait vous empoisonner! Rassurez-vous, leur odeur n’est pas la même, mais il faut quand-même y penser. Toute la plante est toxique!

Ce n’est pourtant pas le jour pour lui faire une mauvaise publicité!
Le muguet « porte-bonheur » est bien malheureux cette année : un 1er mai sans défilés, sans banderoles, sans vendeurs dans les rues, brandissant ses brins à qui voudra les acheter.
C’est la fleur préférée des français. Qui n’a pas son brin de muguet, réel ou virtuel, le 1er mai : ami, amoureux, amant…

Beaucoup de mythes, de légendes et de faits historiques sont attachés au muguet.
– Jadis il était associé à la magie.
– En 1560, le chevalier de St Paul-Trois-Châteaux offrit un brin de muguet de son jardin à Charles IX, en visite dans la Drôme. Le roi, charmé, décida alors d’en offrir chaque printemps aux dames de la cour, en disant « qu’il en soit fait ainsi chaque année ». Depuis, cette coutume se perpétue le 1er mai.
– La tradition de pouvoir vendre sur la voie publique du muguet au 1er mai remonte à Claude-François de Payan, un révolutionnaire, ami de Robespierre, né à St Paul-Trois-Châteaux.
l’Histoire n’est pas un hasard….
– En 1936, avec l’avènement des congés payés, cette tradition est confirmée : on peut vendre sa cueillette de muguet, sans formalités.
– C’est au début du XXème siècle qu’il sera associé à la fête du travail.

Le nom scientifique du Muguet de mai (Convallaria majalis) vient du latin convallis (vallée encaissée) et du grec leirion (lys) : le lys de la vallée, comme on l’appelait au XVIIIème siècle. Majalis est dérivé de Maia, déesse de la fertilité et du printemps, liée au mois de mai.
Son nom français « Muguet » est un dérivé de musc pour son parfum pénétrant. Sa famille était celle des liliacées (F. du lys), mais désormais elle fait partie des asparagacées (F. de l’asperge, moins poétique…)

Deux feuilles dressées sortent d’une base engainante, ainsi qu’une tige unique formant une hampe inclinée. Celle- ci supporte une grappe de petites fleurs blanches en clochettes. Chaque clochette est constituée de 6 tépales soudés sur la moitié de leur longueur, qui s’évasent à leur extrémité.

Ses fruits, des baies rouges très toxiques, ne doivent pas être laissés à la portée des enfants : il faudra couper les tiges fanées avant qu’ils ne se forment, si vous en avez dans votre jardin!
Le muguet, dans sa totalité, affecte le rythme cardiaque, conduisant à l’arrêt cardiaque. Il a cependant des propriétés pharmacologiques comme celles de la digitaline.

Terminons par une note parfumée : le muguet était un parfum apprécié des hommes dès le XVIème siècle.
« Muguet » désignait un jeune homme élégant au XIXème siècle.

Dans le langage des fleurs, il signifie « Retour au bonheur ».
Serait-ce prévu pour le 11 mai? Mais avec prudence…